Veilleuses
Pour Laurence, qui marche et qui veille

La nuit peu à peu s’est appuyée sur la cime des arbres frissonnants.
Elles marchent.
Derrière elles, les pans d’ombre glissent à l’orée des cavernes. Les oiseaux nocturnes ont fixé leur œil phosphorescent sur les dernières traces de lumière. Ce n’est pas le silence. L’espace résonne en creux. Tendu.
J’écoute le tambour de la nuit. J’ai placé le souffle à la place exacte. Le corps a vibré de toutes ses cordes. Ce fut l’harmonie lucide, la présence indicible, démultipliée.
Je guette. Je fouille comme l’oiseau, entre les branches, leur place dans la nuit. Elles se sont arrêtées sur le seuil des pierres. Alors elles sont comme des harpes qu’aucune main ne toucherait. Un oiseau attend, tout proche. Il guette, entre les mondes, leur minuscule pulsation humaine à peine perceptible dans l’ombre soudainement densifiée.
J’ai entendu le froissement des ailes, juste avant le cri. L’envol a déplacé l’ordre du temps où la nuit s’est appesantie. Ce fut l’instant où elles se sont mises en marche à nouveau. Leurs mouvements sont amples et très doux. Derrière elles, l’ombre s’est épaissie sur la limite infranchissable.
Au retour, elles portent, royales, la couronne nocturne.

Mireille Diaz Florian – Ecrivain

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